Les trois medersas du Registan a Samarcande sous un ciel degage

L’histoire de Samarcande, la capitale bleue de Tamerlan

Oullinst a passé une soirée entière sur une carte d’Asie centrale avant de poser le doigt entre deux déserts, sur un point minuscule : Samarcande. Oori, elle, n’avait retenu qu’un mot, celui que tout le monde emploie pour décrire la ville : bleu. Derrière ce bleu se cache l’une des plus longues histoires urbaines du continent, faite de caravanes, de destructions totales et de reconstructions spectaculaires.

Il existe des villes que l’on connaît avant même de les avoir vues. Samarcande en fait partie. Son nom traverse les récits de voyage, la poésie persane, les manuels d’histoire et l’imaginaire de la route de la Soie depuis plus de deux mille ans. Pourtant, la ville que l’on visite aujourd’hui, avec ses coupoles turquoise et ses portails hauts comme des immeubles de six étages, ne date pas de l’Antiquité. Elle est le résultat d’une reconstruction volontaire, décidée à la fin du XIVe siècle par un conquérant qui voulait une capitale à la mesure de son empire. Comprendre l’histoire de Samarcande, c’est donc suivre deux récits superposés : celui d’une oasis marchande vieille de vingt-sept siècles, et celui d’un immense chantier politique mené à marche forcée.

Detail de la facade du mausolee Gour Emir a Samarcande
La façade du Gour Emir, où repose Tamerlan, couverte de céramiques bleues et de calligraphies. Photo : Adam Jones from Kelowna, BC, Canada / Wikimedia Commons – licence CC BY-SA 2.0

Samarcande en un coup d’œil

Avant d’entrer dans le détail, quelques repères permettent de situer la ville dans le temps et dans l’espace. Samarcande se trouve aujourd’hui en Ouzbékistan, dans la vallée du Zeravchan, un fleuve qui descend des montagnes et se perd dans le désert avant d’avoir atteint l’Amou-Daria. C’est cette eau, et elle seule, qui explique la présence d’une grande ville à cet endroit précis. Autour, la steppe et le sable ; ici, des vergers, des champs de coton et, depuis toujours, un carrefour de pistes caravanières reliant la Chine, l’Inde, la Perse et la Méditerranée.

Repère Détail
Pays Ouzbékistan, vallée du Zeravchan
Première fondation vers le VIIe siècle avant notre ère, sous le nom d’Afrasiab
Prise par Alexandre le Grand 329 avant notre ère, sous le nom grec de Maracanda
Conquête arabe 712, arrivée progressive de l’islam
Destruction mongole 1220, par les armées de Gengis Khan
Capitale timouride à partir de 1370, sous Tamerlan
Observatoire d’Ulugh Beg années 1420
Registan achevé milieu du XVIIe siècle
Conquête russe 1868
Patrimoine mondial de l’UNESCO 2001, sous le nom de « carrefour des cultures »

Afrasiab, la ville d’avant la ville

La Samarcande d’origine ne se trouve pas sous la ville moderne, mais juste à côté : sur un vaste plateau de terre ocre, aujourd’hui couvert d’herbe sèche et de bosses, que l’on appelle Afrasiab. Les archéologues y ont retrouvé des niveaux d’occupation remontant au VIIe siècle avant notre ère, des remparts de brique crue, des rues, des ateliers et des canaux d’irrigation. Ce n’est pas un village : c’est déjà une cité importante, capitale d’une région que les textes anciens nomment la Sogdiane. Pendant près de dix-huit siècles, toute l’histoire de Samarcande se joue sur cette colline artificielle, formée par l’accumulation des maisons de terre construites les unes sur les ruines des autres.

Le site se visite aujourd’hui librement, et il déroute : on marche sur un immense terrain vague, sans coupole ni portail. Le petit musée installé à l’entrée change tout, car il abrite le trésor du lieu : les fresques du VIIe siècle de notre ère, découvertes en 1965, où l’on voit défiler des ambassadeurs à cheval, des chameaux chargés, des Chinois, des Coréens et des Turcs venus rendre hommage au souverain local. C’est probablement l’image la plus parlante de ce qu’était alors la ville : un lieu où le monde entier se croisait, deux siècles avant la construction de la première mosquée.

Alexandre le Grand devant Maracanda

En 329 avant notre ère, Alexandre le Grand atteint la Sogdiane en poursuivant les derniers défenseurs de l’Empire perse. Il prend la ville, que les auteurs grecs appellent Maracanda, et y installe une garnison. La région se révèle beaucoup plus difficile à tenir que prise : la révolte menée par le chef local Spitamenès oblige les Macédoniens à revenir plusieurs fois, et c’est à Samarcande, lors d’un banquet qui tourne mal, qu’Alexandre tue de sa main son compagnon Clitos le Noir. La tradition lui prête aussi une phrase, sans doute embellie par les siècles, que les guides répètent aujourd’hui devant chaque panorama.

Tout ce que l’on m’avait dit de Maracanda était vrai, sauf qu’elle est encore plus belle que je ne l’imaginais.

Les Sogdiens, ces marchands qui parlaient toutes les langues

Entre le IVe et le VIIIe siècle, Samarcande vit son premier âge d’or grâce aux Sogdiens, un peuple iranien devenu le principal intermédiaire commercial de l’Asie. Leurs caravanes relient la Chine à la Perse, leurs comptoirs s’installent jusqu’à Xi’an et sur les marges du désert de Gobi, et leur langue devient une sorte de langue véhiculaire des routes commerciales. Ils transportent de la soie, bien sûr, mais aussi du verre, des épices, du musc, des esclaves, des chevaux, du papier et des religions : le zoroastrisme, le bouddhisme, le manichéisme et le christianisme nestorien se croisent dans la même ville, parfois dans la même rue.

Oori
Le petit détail d’Oori

Les fresques d’Afrasiab montrent des vêtements très différents d’un personnage à l’autre : cols croisés, coiffes hautes, bottes souples. Les archives sogdiennes conservées ailleurs contiennent même des lettres privées de marchands qui se plaignent du retard des paiements. Le commerce de la soie, vu de près, ressemblait beaucoup à une comptabilité très ordinaire.

712 puis 751 : l’islam, et le secret du papier

En 712, les armées arabes commandées par Qutayba ibn Muslim prennent Samarcande. La ville change lentement de visage : les temples du feu cèdent la place aux mosquées, l’arabe devient la langue savante, puis le persan s’impose comme langue de culture. Un épisode, quelques décennies plus tard, aura des conséquences bien au-delà de l’Asie centrale. En 751, sur la rivière Talas, les troupes du califat abbasside affrontent une armée chinoise des Tang. Parmi les prisonniers se trouvaient, selon les sources arabes, des artisans capables de fabriquer du papier. Samarcande devient alors le premier grand centre papetier du monde musulman, avant Bagdad, Damas et, bien plus tard, l’Europe.

Cette industrie n’a rien d’anecdotique. Le papier remplace le parchemin et le papyrus, il fait chuter le coût des livres, il permet la diffusion massive des traités scientifiques, des recueils de poèmes et des registres administratifs. L’âge d’or intellectuel du monde musulman, avec ses bibliothèques immenses, doit beaucoup à ce transfert de technique. Aujourd’hui encore, un atelier artisanal proche de Samarcande fabrique du papier à partir d’écorce de mûrier selon la méthode ancienne : on y voit les fibres tremper, sécher, puis être polies à la pierre jusqu’à devenir lisses. C’est l’un des rares endroits où une page d’histoire industrielle se laisse encore toucher du doigt.

Mausolees couverts de mosaiques bleues dans la ruelle de Chah-i-Zinda
La ruelle de Chah-i-Zinda aligne une vingtaine de mausolées construits du XIe au XVe siècle. Photo : Oleg Yunakov / Wikimedia Commons – licence CC BY-SA 4.0

1220 : Gengis Khan efface la ville

Au début du XIIIe siècle, Samarcande est la ville la plus riche de l’empire du Kharezm. Elle est fortifiée, peuplée, alimentée en eau par un aqueduc de plomb, et sa garnison est nombreuse. Rien n’y fait. En 1220, les armées mongoles de Gengis Khan arrivent après avoir rasé Boukhara et obtiennent la reddition de la ville en quelques jours. Les sources parlent de massacres, de déportation des artisans vers la Mongolie et de la destruction du système d’irrigation, ce qui, dans une oasis, revient à tuer la ville deux fois. Afrasiab, occupée sans interruption depuis dix-huit siècles, est abandonnée définitivement.

Les survivants se réinstallent plus au sud, sur des terres plus faciles à irriguer. C’est là que se trouve la Samarcande actuelle. Ce déplacement explique une bizarrerie que remarquent beaucoup de visiteurs : la ville antique et la ville monumentale ne se superposent pas, elles se côtoient. Entre les deux, il y a un siècle et demi de déclin, quelques récits de voyageurs décevants, et une réputation de ville morte. Puis un homme décide, presque à lui seul, d’en refaire la capitale du monde connu.

1370 : Tamerlan choisit Samarcande

Né vers 1336 près de Chakhrisabz, à moins de cent kilomètres de là, Timour, que l’Europe appellera Tamerlan, prend le pouvoir en Transoxiane et fait de Samarcande sa capitale à partir de 1370. Sa stratégie de construction est simple et brutale : chaque campagne militaire, en Perse, en Inde, en Anatolie, se termine par la déportation vers Samarcande des meilleurs artisans vaincus. Maçons d’Ispahan, céramistes de Chiraz, tailleurs de pierre indiens, calligraphes, verriers : la ville devient un gigantesque atelier où se mélangent des traditions qui, autrement, ne se seraient jamais rencontrées. En trente ans, une capitale sort de terre, avec ses jardins, ses marchés couverts et ses monuments à l’échelle d’un empire.

Timour meurt en 1405 alors qu’il partait en campagne vers la Chine. Son empire se fissure rapidement, mais l’héritage architectural, lui, tient bon. Trois ensembles racontent à eux seuls cette période, et ce sont ceux que l’on visite en priorité aujourd’hui.

Le Gour Emir, le tombeau du conquérant

Le Gour Emir, littéralement le tombeau de l’émir, n’était pas prévu pour Timour. Il avait été commencé pour un petit-fils mort jeune, et c’est finalement le conquérant lui-même qui y fut inhumé, avec plusieurs membres de sa famille. Sa coupole côtelée, bleu profond, est l’une des plus photographiées d’Asie centrale, et l’intérieur, couvert d’or et de stuc, tranche complètement avec la sobriété minérale de l’extérieur. Le monument a aussi une histoire du XXe siècle : en juin 1941, une équipe soviétique dirigée par l’anthropologue Mikhaïl Guerassimov ouvre la tombe pour reconstituer le visage de Timour, et confirme au passage sa claudication.

La mosquée Bibi Khanoum, l’ambition de trop

Édifiée entre 1399 et 1404 au retour de la campagne d’Inde, la mosquée Bibi Khanoum devait être la plus grande du monde musulman. Ses proportions restent stupéfiantes : un portail monumental, une cour immense, des colonnes de marbre et un pupitre de pierre destiné à un coran géant. Le chantier fut mené trop vite, avec des techniques poussées au-delà de leurs limites, et les premières pierres commencèrent à tomber du vivant même de Timour. Les tremblements de terre firent le reste. Ce que l’on visite aujourd’hui est en grande partie une reconstruction menée à partir des années 1970, et la légende locale attribue le nom du lieu à l’épouse principale du souverain.

Chah-i-Zinda, la rue des morts

De tous les sites de Samarcande, Chah-i-Zinda est celui qui surprend le plus. Ce n’est ni une mosquée ni un palais, mais une ruelle en pente bordée d’une vingtaine de mausolées construits entre le XIe et le XVe siècle, où reposent des membres de l’élite timouride. Chaque façade est un exercice de style différent : mosaïques découpées, céramiques sculptées, motifs géométriques, inscriptions coufiques. Le nom signifie le roi vivant et renvoie à Koussam ibn Abbas, cousin du prophète Mahomet, dont la tombe présumée se trouve au sommet de la ruelle et attire des pèlerins. C’est un lieu de culte actif, et non un simple décor : la tenue et le silence y sont attendus.

Le site de l observatoire d Ulugh Beg a Samarcande
Le site de l’observatoire d’Ulugh Beg, retrouvé en 1908 après des siècles d’oubli. Photo : Rudolph.A.furtado / Wikimedia Commons – licence CC0

Ulugh Beg, le petit-fils qui préférait les étoiles

L’histoire de Samarcande prend ensuite un tour inattendu. Le petit-fils de Timour, Ulugh Beg, gouverne la ville à partir de 1409 et se révèle bien meilleur savant que chef de guerre. Passionné d’astronomie, il fait construire dans les années 1420 un observatoire hors normes, dont l’instrument principal était un immense arc de cercle méridien, en partie creusé dans la colline, d’une quarantaine de mètres de rayon. Cette taille n’avait rien de décoratif : plus l’instrument est grand, plus la mesure des angles est précise. Avec son équipe, il établit un catalogue de plus de mille étoiles, achevé vers 1437, et une mesure de la durée de l’année d’une exactitude remarquable pour l’époque.

Le destin d’Ulugh Beg fut moins brillant que ses calculs : contesté par les milieux religieux et par son propre fils, il fut assassiné en 1449, et l’observatoire démoli peu après. On en avait perdu jusqu’à l’emplacement exact quand l’archéologue russe Vassili Viatkine le retrouva en 1908, guidé par un acte notarié ancien décrivant les limites d’un terrain. La tranchée de l’instrument, remarquablement conservée, se visite aujourd’hui avec un petit musée. Pour Oullinst, c’est l’étape la plus émouvante de la ville : il ne reste presque rien, et pourtant on comprend immédiatement ce qui se jouait là.

Le Registan, la place la plus célèbre d’Asie centrale

Si une seule image représente Samarcande, c’est celle-là : trois médersas monumentales disposées autour d’une esplanade, leurs portails face à face, leurs coupoles turquoise posées sur un ciel presque toujours dégagé. Le mot registan signifie lieu de sable, et la place était à l’origine un carrefour commercial où se croisaient six artères, avant de devenir le cœur politique, religieux et universitaire de la ville. Contrairement à ce que l’on imagine souvent, l’ensemble n’a pas été conçu d’un seul tenant : il s’est construit en plus de deux siècles, ce qui explique les différences de style entre les trois bâtiments.

Médersa Construction À remarquer
Médersa d’Ulugh Beg 1417-1420 La plus ancienne et la plus sobre ; on y enseignait aussi les mathématiques et l’astronomie
Médersa Cher-Dor 1619-1636 Son portail montre deux fauves poursuivant des biches sous un soleil à visage humain, rare dans l’art islamique
Médersa Tilla-Kari 1646-1660 Elle servait aussi de mosquée ; sa salle de prière est entièrement recouverte de dorures

La place a beaucoup souffert des séismes et de l’abandon au XIXe siècle. Les photographies anciennes montrent des minarets fortement inclinés et des revêtements en partie tombés. Les restaurations menées à l’époque soviétique, puis après l’indépendance de 1991, ont été massives et sont discutées par les spécialistes : beaucoup de céramiques sont modernes, un minaret a même été redressé par câbles dans les années 1930. Le savoir-faire local des ateliers de mosaïque, lui, n’a jamais complètement disparu, et c’est ce qui a permis de relever l’ensemble.

Oullinst
Le conseil d’Oullinst

Arrivez au Registan dès l’ouverture, vers sept heures, ou en toute fin de journée. La lumière rasante fait ressortir les reliefs des mosaïques, il y a beaucoup moins de monde, et la chaleur reste supportable. Gardez votre billet : il donne souvent accès à plusieurs sites de la ville dans la journée.

D’où vient le bleu de Samarcande ?

Ce bleu si particulier n’est pas un choix esthétique isolé, c’est une technique. Les artisans timourides employaient des céramiques émaillées dont les couleurs viennent d’oxydes métalliques : le cuivre donne le turquoise, le cobalt le bleu profond. Deux procédés coexistent sur les façades. Le premier, la mosaïque découpée, consiste à tailler chaque éclat de céramique cuite puis à l’assembler comme un puzzle : c’est le plus coûteux et le plus lumineux. Le second, appelé cuerda seca, permet de peindre plusieurs couleurs sur un même carreau en les séparant par une ligne grasse qui les empêche de se mélanger à la cuisson. Il va beaucoup plus vite, et Timour était pressé.

Cette palette a une raison d’être climatique autant que symbolique. Dans une région où le paysage est ocre presque toute l’année, le bleu évoque l’eau et le ciel, deux biens précieux. Il joue aussi un rôle de signal : une coupole turquoise se voit de très loin dans la plaine, bien avant les remparts. Oori trouve d’ailleurs que la meilleure façon d’apprécier ce travail n’est pas de regarder les grands portails, mais de s’approcher à vingt centimètres d’un panneau de Chah-i-Zinda et de compter les nuances : au moins six bleus différents, plus du blanc, du jaune et un vert sombre.

Du déclin à l’inscription à l’UNESCO

Après les Timourides, Samarcande perd progressivement son rôle central. Les Chaybanides installent leur capitale à Boukhara, les routes maritimes européennes concurrencent les pistes caravanières, et la ville connaît même une période d’abandon presque total au XVIIIe siècle. En 1868, elle est prise par l’armée russe et intégrée au Turkestan russe ; l’arrivée du chemin de fer transcaspien, à la fin du siècle, la relie au reste de l’empire et relance son économie. Entre 1925 et 1930, elle est même la capitale de la République socialiste soviétique d’Ouzbékistan, avant que Tachkent ne reprenne ce rôle.

Le XXe siècle est celui des grands chantiers de restauration, menés parfois sans nuance mais qui ont sauvé des monuments au bord de l’effondrement. En 2001, l’UNESCO inscrit la ville sur la liste du patrimoine mondial sous le titre « Samarcande, carrefour des cultures », une formule qui résume bien vingt-sept siècles d’histoire. Depuis, le tourisme s’est beaucoup développé, l’Ouzbékistan a simplifié ses formalités d’entrée pour de nombreux pays, et la ville figure de nouveau sur les itinéraires de la route de la Soie, au côté de Boukhara et de Khiva.

Pour Oullinst, Samarcande rejoint ainsi une famille de sites que l’on croyait perdus et qui ont retrouvé une seconde vie, comme la cité nabatéenne de Petra, redécouverte par l’Europe au XIXe siècle, ou Angkor, la capitale khmère avalée par la jungle. Dans les trois cas, l’histoire du monument se double d’une histoire de la manière dont on l’a regardé.

Visiter Samarcande aujourd’hui

La ville se parcourt facilement : les grands sites timourides sont alignés sur environ trois kilomètres, entre le Gour Emir au sud et l’observatoire au nord-est, avec le Registan, Bibi Khanoum, le bazar Siab et Chah-i-Zinda entre les deux. Deux journées pleines permettent de tout voir sans courir, trois si l’on veut prendre le temps du bazar, du quartier juif ancien et d’une excursion à Chakhrisabz, la ville natale de Timour. La plupart des visiteurs intègrent Samarcande dans un circuit avec Boukhara et Khiva, ce qui a beaucoup de sens sur le plan historique.

Question pratique Ce qu’il faut savoir
Meilleure période Avril-mai et septembre-octobre : ciel dégagé, air sec, températures agréables
À éviter Juillet-août, très chauds et écrasants sur les esplanades sans ombre
Hiver Froid et parfois neigeux, mais très peu de monde et une lumière superbe sur les coupoles
Depuis Tachkent Train rapide Afrosiyob, environ deux heures ; à réserver dès que les dates sont fixées
Durée conseillée Deux à trois jours sur place
Langues Ouzbek et russe ; le tadjik, proche du persan, est très présent à Samarcande
Tenue Épaules et genoux couverts dans les lieux de culte actifs, foulard utile pour les femmes à Chah-i-Zinda

Le bazar Siab, installé juste à côté de Bibi Khanoum, est l’endroit préféré d’Oori. On y trouve les fameuses galettes rondes de Samarcande, estampillées au tampon avant cuisson et réputées dans tout le pays, des montagnes d’abricots secs, des amandes salées, du halva et des pistaches. C’est aussi le meilleur endroit pour observer la vie quotidienne loin des coupoles, et pour comprendre que la ville n’est pas seulement un musée à ciel ouvert : c’est une agglomération d’un demi-million d’habitants, avec ses universités, ses embouteillages et ses mariages du samedi soir.

Dans leur sac
  • Lunettes

Ce qu’il faut retenir de l’histoire de Samarcande

Samarcande n’est pas une ville ancienne conservée telle quelle, et c’est ce qui la rend passionnante. Elle a été fondée il y a environ vingt-sept siècles, enrichie par les marchands sogdiens, islamisée au VIIIe siècle, rasée par les Mongols, puis rebâtie ailleurs par un conquérant qui voulait impressionner le monde. Elle a ensuite été oubliée, redécouverte, restaurée, parfois réinventée. Chaque couche est encore lisible, à condition de savoir où regarder : le plateau nu d’Afrasiab pour l’Antiquité, la tranchée de l’observatoire pour la science, les mosaïques de Chah-i-Zinda pour l’art, le bazar pour le présent.

C’est aussi une bonne façon d’aborder l’Asie centrale, une région encore peu fréquentée par les voyageurs européens alors qu’elle est facile à parcourir en train. Si les grands chantiers de l’histoire vous intéressent, l’autre bout de la route de la Soie réserve un récit tout aussi long : celui de la Grande Muraille de Chine et de ses deux mille ans de travaux.

Leur verdictOn adore

Une ville où l’histoire se lit à ciel ouvert, des monuments spectaculaires concentrés sur quelques kilomètres, un accueil chaleureux et des trajets simples en train. Oullinst a compté les siècles, Oori a compté les bleus : tous les deux sont repartis en parlant d’y retourner.

Image à la une : Photo : Jean Housen / Wikimedia Commons – licence CC BY-SA 4.0

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